MORPHOL
Balayer le champ des possibles
et réduire l'incertitude
Construire les scénarios
par l’analyse morphologique
avec le logiciel MORPHOL
“Analyse morphologique
”, un nom bien savant pour une méthode très
simple, souvent méconnue ou oubliée, et qu’il
faut pourtant rappeler, car elle peut s’avérer
très utile pour stimuler l’imagination, aider
à identifier de nouveaux produits ou procédés
jusque-là ignorés et pour balayer le champ des
scénarios possibles.
L’inventeur de cette
méthode, Fritz Zwicky voulait précisément,
par l’analyse morphologique, faire de l’invention,
“ une routine, c’est à dire une procédure
banale ”. Fritz Zwicky, qui le premier, a imaginé
les étoiles naines, a mis au point cette méthode
au milieu des années quarante en travaillant pour l’armée
américaine. La légende prétend que l’on
aurait ainsi pensé, pour la première fois, aux
fameuses fusées polaris (mer, sol).
Nous avons “ redécouvert
” l’analyse
morphologique de Zwicky en 1988-1989 à
l’occasion de l ‘exercice de prospective AIF (Armement
individuel du fantassin) 2010 pour le ministère français
de la Défense. Très prisée dans les exercices
de “ Technological Forecasting ” des années
soixante (voir le célèbre ouvrage
de Jantsh), on l’avait oublié, sans doute
par peur de la combinatoire.
La
redécouverte de l’analyse morphologique
en 1989
A la fin des années 80, la réflexion
prospective sur l’armement individuel du fantassin
(AIF) à l’horizon 2010, menée par
la Direction Générale de l’Armement,
nous a conduit à reprendre à zéro
une analyse structurelle qui piétinait depuis
trois ans. La hiérarchisation des 57 variables
considérées, avec la méthode MICMAC,
a permis de mettre en évidence une quinzaine
de variables clés. Après réflexion,
il est apparu que neuf de ces variables étaient
des composantes caractéristiques de l’arme
(nature du projectile, visée, source d’énergie…)
et six des critères d’évaluation
des armes (coût, compétitivité,
effets antipersonnels ). L’analyse morphologique
des neuf variables composantes de l’arme, pouvant
prendre chacune plusieurs hypothèses de configurations,
a conduit à identifier 15552 solutions techniques
théoriques possibles. L’utilisation combinée,
de la méthode MULTIPOL pour le choix multicritère
et de la méthode MORPHOL pour la prise en compte
de contraintes d’exclusion et de préférence,
a permis de réduire l’espace morphologique
à une cinquantaine puis une vingtaine de solutions
qui méritaient d’être examinées
de plus près par des analyses complémentaires
tant du point de vue technique qu’économique.
Dix ans après, l’une d’entre elle
a fait la Une de l’actualité par la présentation
au public d’un prototype opérationnel.
Il s’agit d’une solution polyarme-polyprojectile
baptisée PAPOP ayant aussi une visée indirecte.
Le fantassin peut tirer en étant caché
sur des cibles fixes, blindées ou mobiles avec
des projectiles spécifiques. Ce cas AIF est présenté
dans la boîte illustrée du Manuel
de prospective stratégique (Tome 2 l'art
et la méthode et dans sa version anglaise Creating
Futures). |
Curieusement, l’analyse morphologique a longtemps été
utilisée en prévision technologique et assez
peu en prospective économique ou sectorielle. Pourtant,
elle se prête bien à la construction de scénarios.
Un système global peut être décomposé
en questions ou variables démographique, économique,
technique, sociale ou organisationnelle, avec pour chacune
de ces variables ou questions clés pour l'avenir un
certain nombre d'hypothèses ou de
réponses possibles pour le futur.
Depuis le début des
années quatre-vingt dix, on l’utilise assez systématiquement
pour les études prospectives. La plupart de ces études
ont été publiées notamment dans la revue
Futuribles, dans la collection Travaux & Recherches de
Prospective (TRP) ou dans les Cahiers du LIPSOR.

Un cheminement, c’est une combinaison associant par
cohérence une hypothèse (tendance, alternative,
rupture) de réponse pour chaque variable en question.
L’espace morphologique définit très exactement
l’éventail des futurs possibles. C’est
sans doute la peur d’être noyé par la combinatoire
qui a freiné le recours à l’analyse morphologique
pour la construction de scénarios.
L'analyse morphologique a
été jusqu’à la fin des années
quatre-vingt peu utilisée en tant que telle par les
prospectivistes. Auparavant, la construction des scénarios
se limitait généralement à quelques combinaisons,
qui paraissaient les plus probables, des hypothèses
sur les variables clés de l’analyse, quatre ou
cinq au maximum.
La question du choix des dimensions
et variables clés de leur ordre d'examen et des hypothèses
associées est donc déterminante pour la pertinence,
la cohérence et la vraisemblance et la transparence
des scénarios. Ces dimensions peuvent être identifiées
à partir des résultats de l’analyse structurelle
(MICMAC) pour
l'identification des variables clés et de l’analyse
des jeux d’acteurs (MACTOR).
Concrètement, l’utilisation
de cette méthode pose plusieurs problèmes liés
à la question de l’exhaustivité ainsi
qu’aux limites et à l’illusion de la combinatoire.
L'efficacité de cette méthode, l'analyse morphologique,
simple dans son utilisation, ne doit pas faire oublier que
le balayage des solutions possibles dans le champ d'imagination
du présent peut donner l'illusion de l'exhaustivité
par la combinatoire, alors que ce champ n'est pas définitivement
borné mais évolutif dans le temps. En omettant
une composante ou simplement une configuration essentielle
pour le futur, l'on risque d'ignorer toute une face du champ
des possibles. C'est la raison pour laquelle, il est prudent
d'ajouter une hypothèse avec " ? " pour se
souvenir qu'il y a bien d'autres hypothèses possibles
et donc des dizaines voire des centaines de scénarios
ignorés par construction.
L'originalité de MORPHOL
dans sa nouvelle version est de se prêter facilement
à la réduction de l'espace morphologique des
scénarios possibles par l'introduction de contraintes
de préférences et d'exclusions. Les quelques
scénarios retenus sont ensuite aisément identifiables
et visualisables. Ce qui se faisait jusqu'ici à la
main lors des travaux de groupes en ateliers de prospective
de façon plus ou moins lisible et fastidieuse est dorénavant
disponible rapidement. Le temps précieux ainsi gagné
pourra être investi dans un surcroît de réflexion
collective. L'ordinateur libère d'autant plus l'esprit
qu'il permet de démultiplier l'échange et l'imagination.
On peut aussi utilement mailler
l’analyse morphologique avec l’analyse probabiliste
(méthode SMIC PROB-EXPERT développée
en se concentrant sur les combinaisons les plus probables
des jeux d’hypothèses).
La méthode MORPHOL
pour la construction de scénarios comprend plusieurs
étapes de la définition des dimensions, des
variables et des hypothèses alternatives associées,
si possible probabilisées. Le cas support décrit
dans le didacticiel est celui du restaurateur devant le choix
des “ scénarios de menus ”. Ce dernier,
imaginé en 1990, est une version " maquillée"
du cas AIF, plus technique à expliciter et moins facile
à comprendre. Pour des raisons de confidentialité
les vrais cas de construction de scénarios par l’analyse
morphologique ne sont pas accessibles. Nous présentons
néanmoins deux illustrations d’études
réelles, un cas technologique sur les Télécommunications
(1999) que vous pouvez retrouver dans le cahier n°12 du
LIPSOR intitulé L’avenir de la réglementation
des Télécommunications, états des lieux
et ateliers de prospective de Stéphane Leroy-Therville,
Mars 2000 et le cas AXA France (1995) décrit dans le
manuel de prospective stratégique.
Bibliographie
•
GODET M., Manuel de prospective stratégique, Dunod,
Paris, 2001.
• GODET M., Creating Futures : scenario-building as
a strategic management tool, Economica-Brookings, Paris, 2001.
• GODET M., CHAPUY P., COMYN G., "Scénarios
globaux à l'horizon 2000", Travaux et Recherches
de Prospective, n°1, juin 1995.
• MARTINO J. P., Technological forecasting for decision
making, McGraw Hill, 1993.
• SAINT-PAUL R., TENIÈRE-BUCHOT P.F., Innovation
et évaluation technologique, Entreprise moderne d'Édition,
1974.
• ZWICKY F., Discovery, Invention, Research - Through
the Morphological Approach, The Macmillian Company : Toronto,
1969.
• ZWICKY F., WILSON A., New Methods of Thought and Procedure
: Contributions to the Symposium on Methodologies, Springer
: Berlin, 1967.
Pour
en savoir plus sur la méthode MORPHOL
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