MICMAC
Se poser les bonnes questions
et identifier
les variables clés
L'analyse structurelle
But
L'analyse structurelle est
un outil de structuration d'une réflexion collective.
Elle offre la possibilité de décrire un système
à l'aide d'une matrice mettant en relation tous les
éléments constitutifs de ce système.
Partant de cette description, cette méthode a pour
objet, de faire apparaître les principales variables
influentes et dépendantes et par là les variables
essentielles à l'évolution du système.
Description
de la méthode
L'analyse structurelle est
réalisée par un groupe de travail composé
d’acteurs et d’experts du domaine considéré,
mais ceci n'exclut pas l'intervention de "conseils"
externes. Les différentes phases de la méthode
sont les suivantes : le recensement des variables, la description
des relations entre variables et l'identification des variables
clés.
•
Phase 1 : le recensement des variables
La première étape
consiste à recenser l'ensemble des variables caractérisant
le système étudié et son environnement
(variables internes autant qu'externes) ; il convient lors
de cette phase d'être le plus exhaustif possible, et
de n'exclure, a priori, aucune voie de recherche.
•
Phase 2 : Description des relations entre les variables
Dans une vision systémique,
une variable n'existe que par les relations qu'elle entretient
avec les autres variables. Aussi l'analyse structurelle s'attache-t-elle
à repérer ces relations entre variables, en
utilisant un tableau à double entrée appelé
matrice d'analyse structurelle. C'est un groupe d'une dizaine
de personnes, ayant participé au préalable au
recensement des variables et à leur définition,
qui remplit au cours de deux à trois journées
la matrice d'analyse structurelle. Le remplissage est qualitatif.
Pour chaque couple de variables, on se pose les questions
suivantes : existe-t-il une relation d'influence directe entre
la variable i et la variable j ? si non, on note 0, dans le
cas contraire, on se demande si cette relation d'influence
directe, est faible (1), moyenne (2), forte (3) ou potentielle
(4) ?
• Phase 3 : identification des variables clés
avec MICMAC
Cette phase consiste à
identifier les variables clés, c'est-à-dire,
essentielles à l'évolution du système,
d'abord grâce à un classement direct (facile
à réaliser), puis grâce à un classement
indirect (dit MICMAC pour Matrice d'Impacts Croisés
Multiplication Appliqués à un Classement). Ce
classement indirect est obtenu après élévation
en puissance de la matrice. La comparaison de la hiérarchie
des variables dans les différents classements (direct,
indirect et potentiel) est riche d'enseignement. Elle permet
de confirmer l'importance de certaines variables, mais également
de dévoiler des variables qui, du fait de leurs actions
indirectes, jouent un rôle prépondérant
(et que le classement direct ne permet pas de déceler).
Les résultats précédemment
évoqués en termes d'influence et de dépendance
de chaque variable peuvent être représentés
sur un plan (l'axe des abscisses correspondant à la
dépendance et l'axe des ordonnées à l'influence).
On peut ainsi, outre le repérage des variables les
plus influentes du système étudié, s'intéresser
aux différents rôles des variables dans le système,
dont le plan suivant présente une typologie.
Utilités
et limites de la méthode
L'intérêt premier
de l'analyse structurelle est de stimuler la réflexion
au sein du groupe et de faire réfléchir à
des aspects contre-intuitifs du comportement d'un système.
Ils ne doivent pas être pris au pied de la lettre mais
surtout faire réfléchir. Il est clair qu'il
n'y a pas de lecture unique et "officielle" des
résultats de MICMAC et qu'il convient plutôt
au groupe de se forger sa propre interprétation.
Les limites concernent le
caractère subjectif de la liste des variables élaborée
lors de la première phase, tout comme celui des relations
entre les variables (d'où l'intérêt d'entretiens
avec des acteurs du système).
Cette subjectivité provient
du fait, bien connu, qu'une analyse structurelle n'est pas
la réalité mais un moyen de la regarder. L'ambition
de cet outil est précisément de permettre la
structuration de la réflexion collective en réduisant
ses inévitables biais.
Conclusions
pratiques
Il faut compter quelques
mois pour réaliser une analyse structurelle. Tout dépend
bien sûr du rythme du groupe de travail et du temps
consacré.
Plusieurs écueils sont
à éviter :
• Sous-traiter l'analyse
structurelle entièrement auprès de chargés
d'études ou pire de conseils externes : l'investissement
de toute réflexion prospective doit être fait
dans la tête de ceux qui seront amenés à
prendre des décisions demain ;
• Se dispenser de l'indispensable travail initial sur
les variables : le remplissage de la matrice devient de ce
fait totalement aléatoire et sans valeur car il n'y
a ni informations fiables, ni langage commun ;
• Se partager le remplissage de la matrice, ce qui aboutit,
là encore, à des résultats n'ayant aucun
sens, puisque l'analyse structurelle est un outil de structuration
collectif des idées.
Si ces écueils sont
évités, l'aspect appropriable de l'analyse structurelle,
en fait un outil de choix pour une réflexion systématique
sur un problème. 80 % des résultats obtenus
sont évidents et confirment l'intuition première.
Ils permettent de conforter le bon sens et la logique de l'approche
et surtout de donner du poids au 20 % des résultats
contre-intuitifs.
Bibliographie
• ANCELIN C., “L'analyse
structurelle : le cas du Vidéotex”, Futuribles
, n° 71, nov 1983.
• FORSE M., L'analyse structurelle du changement social,
PUF, 1991.
• GODET M., Manuel de prospective stratégique,
Dunod, Paris, 2001.
• GODET M., Creating Futures : scenario-building as
a strategic management tool, Economica-Brookings, Paris, 2001.
• GONOD P., “Dynamique des systèmes et
méthodes prospectives”, Travaux et recherches
de prospective, Futuribles International, n°2, mars 1996.
• SAINT PAUL R., TENIERE-BUCHOT P. F., Innovation et
évaluation technologiques : sélection des projets,
méthodes de prévision, Entreprise Moderne d'Edition,
1974.
• TENIERE-BUCHOT P. F., L'ABC du pouvoir, Editions d'Organisation,
1988.
Pour
en savoir plus sur la méthode MICMAC
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