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Petit guide pour comprendre le mécanisme des élections américaines



Le système électoral aux États-Unis diffère du système Européen et peut produire des résultats inattendus, comme la victoire de George Bush en 2000, bien que son rival Al Gore ait obtenu la majorité du “vote populaire.”

Ainsi George Bush, en recueillant 47,87% des votes, ou environ 544 000 voix de moins que Gore, a remporté l’élection présidentielle, en toute légalité. Ce scénario est cependant rare et ne s’était pas produit depuis 1888.

Le président est élu par l’Électoral College, où les 538 grands électeurs, qui représentent les 50 états et le district de Columbia (DC), disposent d’autant de voix. La représentation des états est basée sur la répartition démographique, comme au Congrès. En fait, les 538 voix sont égales, en nombre et en répartition territoriale, aux 435 membres de l’Assemblée augmentés des 100 Sénateurs, plus trois votes pour DC. Du fait que chaque état a deux sénateurs, indépendamment de sa taille, les petits états ont un avantage et offrent une importance accrue à la voix de l’Amérique rurale par rapport aux grandes concentrations urbaines.

Dans chaque état, les grands électeurs sont nommés soit par leurs partis respectifs soit par les candidats indépendants. Ils représentent le choix fait par l’électorat populaire. Aucun membre du Congrès ou du gouvernement fédéral ne peut être nommé grand électeur.

La formule de l’Électoral College résulte d’un débat qui eut lieu au XVIIIème siècle pour savoir si une élection devait dépendre entièrement des membres du Congrès ou bien du suffrage universel. La solution retenue résulte d’un compromis entre les deux camps.

Tous les citoyens américains âgés d’au moins 18 ans peuvent voter, à moins qu’ils ne soient incarcérés à la suite d’un jugement ou qu’ils aient été déclarés mentalement inaptes par un juge.

Un candidat à la Présidence doit avoir au moins 35 ans, être né Américain et avoir résidé aux États Unis depuis 14 ans. L’âge minimum pour être élu sénateur est 30 ans et pour devenir membre de l’Assemblée 25 ans.


Les “primaires” et les “caucus”



Pour choisir son candidat, chaque parti organise des “primaires” dans chaque état, ce qui détermine le choix de chaque état pour la personne qui va le représenter comme candidat à la présidence.

La campagne pour la nomination pour le parti democrate commence le 19 janvier avec un caucus en Iowa. Certains états ne choisissent pas leurs candidats pour la présidence en allant aux urnes mais par une assemblée populaire où les citoyens expliquent leur choix. La campagne de l'Iowa, très suivie par les media, force chaque candidat à faire du porte à porte, au coeur de l'hiver dans le Midwest par des températures bien en dessous de zéro, pour expliquer sa candidature. John Kerry, le sénateur du Massachusetts, a créé une surprise en Iowa, ce qui l'a propulsé en tête des démocrates.

La première primaire a lieu le 27 janvier au New Hampshire.

Les candidats passent des semaines en Iowa avant le caucus pour remporter le coeur de l'Amérique profonde, mais visitent aussi souvent le New Hampshire ou d'autres états, en anticipation des élections qui vont bientôt suivre à un rythme accéléré. De plus, certains ‘super-delegates' ou dignitaires locaux dans chaque état peuvent faire leur choix indépendamment du vote populaire.

Pour enregistrer un citoyen américain comme électeur pour les primaires et les caucus, certains états n'exigent aucune durée minimum de résidence, mais la plupart demandent une période de 30 jours.

Au contraire de l'élection présidentielle où le vainqueur dans chaque état ramasse toutes les voix de cet état, les primaires et les caucus peuvent déboucher sur une représentation proportionnelle. Dans ce cas, un candidat qui finit en deuxième place, voire plus loin, peut bénéficier des votes qu'il a obtenus et prouver qu'il a quelque soutien au moment de la convention de son parti. Ceci peut avoir de l'importance pour le rôle futur du candidat malheureux au sein de son parti.

Pour remporter la nomination du parti démocrate à la convention nationale où les votes de 4,321 délégués sont en jeu, il suffit d'une majorité de 2,161. A la fin février, Kerry, jusqu'à présent, est le candidat favori avec plus de 700 votes sur environ 1 230. Son seul vrai rival est John Edwards, un Sénateur de Caroline du No, avec 200 votes.

Le candidat du parti démocrate sera sans doute clairement déterminé après “Super Tuesday”, le 2 mars, quand 10 états votent simultanément, y compris la Californie et New York, avec un total de 1,151 voix.

Il n'y a pas de campagne pour la nomination du parti républicain cette année car le Président Bush est d'office le candidat de son parti pour un deuxième terme.

La convention démocrate aura lieu à Boston du 26 au 29 juillet, et la convention républicaine à New York, du 30 août au 2 septembre.


La course à la présidence



Au XIXème siècle, les conventions étaient l'occasion de débats animés pour le choix du candidat. De nos jours, ce sont des événements cérémonieux où les candidats sont officiellement désignés et qui marquent le début officiel de la campagne électorale pour la présidence.

La campagne présidentielle ressemble beaucoup à celle des primaires pour le candidat qui vise la présidence. Il repart visiter tous les états qu'il a déjà parcourus mais milite davantage dans les états indécis que dans ceux où une marge importante a déjà en grande partie décidé de la victoire ou de la défaite. Les états aux électeurs nombreux comme la Californie ou New York sont, bien sûr, très importants dans la campagne pour des raisons médiatiques.

Trois débats télévisés entre les candidats à la présidence sont au programme les 30 septembre, 8 et 13 octobre. Il faut gagner les votes d'au moins 270 grands électeurs sur 538 pour emporter la présidence le 2 Novembre. La prise de fonction intervient le 20 janvier.

Les autres élections du mardi 2 novembre :
Le 2 novembre, les Américains décideront aussi de leur future représentation au Congrès. Ils voteront pour 11 des 50 sièges de gouverneurs, 34 des 100 sièges du Sénat et la totalité des 435 sièges de l'Assemblée Nationale.

Les gouverneurs ne font pas partie du Congres. Il se trouve seulement qu'il y a des élections pour les gouverneurs en même temps que pour les élections présidentielles et parlementaires.

A l'heure actuelle, le parti républicain est représenté par 28 gouverneurs, 51 sénateurs et 228 membres de l'Assemblée, tandis que, parmi les démocrates, on compte 22 gouverneurs, 48 sénateurs et 204 membres de l'assemblée.

De larges états à tradition démocrate comme la Californie ou New York ont des gouverneurs républicains et des états comme l'Indiana ou le Wyoming, bastions républicains, ont des gouverneurs démocrates. Le gouverneur est souvent élu pour sa popularité personnelle au niveau de la communauté plutôt que pour son affiliation à un parti, comme l'a prouvé l'élection récente d'Arnold Schwarzenneger en Californie.

L'élection présidentielle promet d'être très serrée, dans un pays que divisent la guerre en Iraq et la politique économique.



Leçons des élections de 1996 & 2000



Bien qu'il n'y ait que deux grands partis aux États-Unis, plus d'un quart de l'électorat est “indépendant.” Les indépendants sont un groupe très varié qui va de l'extrême gauche à l'extrême droite, en passant par les libertaires qui veulent limiter le plus possible le rôle du gouvernement. S'ils sont apparentés par la pensée aux anarchistes, les libertaires se trouvent aussi bien à droite qu'à gauche et sont souvent conservateurs.

Probablement à cause de leur diversité, les indépendants n'ont pas réussi jusqu'à présent à présenter un candidat qui les unisse dans la course à la présidence. Mais leur vote est essentiel pour le parti démocrate aussi bien que républicain.

On les a retrouvés dans des partis “alternatifs” comme le mouvement de réforme du millionnaire Ross Perot ou les “verts” dans les trois dernières élections présidentielles.

Ralph Nader, le défenseur des droits des consommateurs, vient d'annoncer sa candidature en tant qu'indépendant car il a perdu le support des ‘verts' qu'il repr2sentait lors des élections de 2000. Les observateurs politiques ont dit que Nader avait coûté la victoire aux Démocrates cette année-là, en particulier dans l'état clé de Floride. Mais, cette fois, Nader, sans les ‘verts,' semble affaibli.

Le parti “invisible” des indépendants a une grand poids, en particulier parce que c'est le facteur qui peut faire basculer un état—et tous ses grands électeurs—dans un camp ou l'autre.

L'arithmétique est très importante, puisqu'il faut absolument capturer 270 votes. Les évolutions démographiques favorisent les républicains cette année, car les états où ils sont en vue ont gagné un total de sept voix tandis que les états à tendance démocrate en ont perdu deux.

En 1996, le Président Clinton jouissait d'une grande popularité, due en particulier à sa politique économique, marquée par une réduction du chômage et du déficit budgétaire. Aussi peut-on considérer que les états que les Républicains ont emportés cette année-là, en dépit de circonstances favorables aux Démocrates, sont des bastions républicains.



Les républicains emportent ces états en 1996 par 3% +



Votes R% D% Perot%
Alabama 9 50 43 6
Alaska 3 51 33 11
Colorado 8 46 44 7
Georgie 13 47 46 6
Idaho 4 52 34 13
Indiana 12 47 42 10
Kansas 6 54 36 9
Mississippi 7 49 44 6
Montana 3 44 41 13
Nebraska 5 54 35 10
North Carolina 14 49 44 7
North Dakota 3 47 40 12
Oklahoma 8 48 40 11
South Carolina 8 50 44 5
South Dakota 3 46 43 10
Texas 32 49 44 7
Utah 5 54 33 10
Virginie 13 47 45 7
Wyoming 3 50 37 12
19 états


Les votes pour Perot en 1996



Les vues de Perot, en particulier sur le commerce international, correspondaient à celles de l'aile conservatrice des Républicains. Bien des observateurs pensent que les votes en faveur de Perot ont contribué à l'échec des Républicains dans certains états, en détournant des voix qui leur auraient été acquises.


Les républicains auraient gagné ces états en 1996 avec les votes Perot



Votes R% D% Perot%
Arizona 8 44 46 8
Floride 25 42 48 9
Kentucky 8 45 46 9
Missouri 11 41 47 10
Nevada 4 43 44 9
New Hampshire 4 39 49 10
Ohio 21 40 47 11
Tennessee 11 46 48 5
8 états

Le résultat des élections 2000 confirment cette théorie, car, en l’absence de Perot, les Républicains ont ajouté ces 8 états à ceux déjà emportés en 1996.


En fait, les républicains gagnent ces états en 2000



Votes R% D% Nader%
Arizona 8 51 45 3
Floride 25 49 49 2
Kentucky 8 57 41 2
Missouri 11 50 47 2
Nevada 4 50 46 2
New Hampshire 4 48 47 4
Ohio 21 50 46 3
Tennessee 11 51 47 1
8 états


Les républicains ajoutent 3 autres états en 2000



Votes R% D% Nader% Facteurs spéciaux
Arkansas 6 51 46 1 Était l'état de Clinton
Louisiane 9 53 45 1 État voisin d'Arkansas
West Virginia 5 52 46 2 Sensible à l'économie
3 états
TOTAL 30 états


Les votes pour Nader en 2000



Le souhait de voir émerger un troisième parti n'est pas seulement l'apanage des Républicains.

Sans Nader, les Démocrates auraient vraisemblablement gagné la Floride et le New Hampshire. Les résultats auraient été plus serrés dans le Missouri, l'Ohio et le Nevada.


Les Démocrates emportent ces états en 2000 & 1996



Votes R% D% Nader% R% D% Perot%
California 55 42 53 4 38 51 7
Connecticut 7 38 56 4 35 52 10
Delaware 3 42 58 3 37 52 10
D.C. 3 9 85 5 9 85 2
Hawaii 4 37 56 6 32 57 7
Illinois 21 43 55 2 37 54 8
Iowa 7 48 49 2
Maine 4 44 49 6 31 52 14
Maryland 10 40 56 3 38 54 6
Massachusetts 12 33 60 6 28 61 9
Michigan 17 46 51 2 38 52 9
Minnesota 10 46 48 5 35 51 12
New Jersey 15 40 56 3 36 54 8
Nouveau Mexique 5 48 48 2 42 49 4
New York 31 35 60 4 31 59 8
Oregon 7 47 47 5 39 47 5
Pennsylvanie 21 46 51 2 40 49 10
Rhode Island 4 32 61 6 27 60 11
Vermont 3 41 51 7 31 53 12
Washington 11 45 50 4 37 50 11
Wisconsin 11 48 48 4
21états

Les Démocrates ont gagné 5 états de justesse [Iowa, Minnesota, New Mexico, Oregon & Wisconsin], mais ils auraient eu une marge confortable sans Nader.


La bataille pour la présidence



10 états à différents cas de figure mais où la marge pour gagner est étroite avec Nader

Votes R D Nader Part Nader rapportée aux Dems
Les Démocrates auraient gagné par une marge plus confortable
Iowa 7 48 49 2 +3%
Minnesota 10 46 48 5 +7%
New Mexico 5 48 48 4 +4%
Oregon 7 47 47 5 +5%
Wisconsin 11 48 48 4 +4%
Les Démocrates auraient gagné
Florida 25 49 49 2 +2%
New Hampshire 4 48 48 4 +4%
Les Républicains auraient gagné par une marge plus faible
Missouri 11 50 47 2 +1%
Nevada 4 50 46 2 +2%
Ohio 21 50 46 3 +1%

ÉTATS A TENDANCE RÉPUBLICAINE [EN DEHORS DES ÉTATS A MARGE ETROITE]:
216 VOTES dans 25 états ; les Républicains ont besoin de 54 VOTES complémentaires.

ÉTATS A TENDANCE DÉMOCRATE [EN DEHORS DES ÉTATS A MARGE ETROITE]:
221 VOTES dans 16 états ; les Démocrates ont besoin de 49 VOTES complémentaires.

“CLOSE CALL”
101 VOTES dans 10 états, en particulier la Floride, le Missouri, le Nevada & l'Ohio



 


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